Dire d’Evo Morales, le président bolivien, qu’il n’aime pas les Etats-Unis est un doux euphémisme. Après sa réélection en décembre 2009, l’amérindien jette encore un pavé dans la mare sud-américaine déjà bien agitée des Etats-Unis. En effet, le président bolivien étudie la possibilité de créer une boisson gazeuse nationale, un cola pour être plus exact. Et l’ingrédient de base en serait la coca. Coca utilisée officiellement pour lutter contre le mal d’altitude ou la faim par les habitants de l’altiplano, les Collas. D’où le nom bien choisi du produit : le coca colla. Avec, en prime, une couleur brunâtre et une étiquette rouge. C’est ce qu’on appelle marcher sur les plates-bandes… Et comme si cela ne suffisait pas, le vice-ministre du développement Victor Hugo (aucun lien, fils unique) Vasquez claironne que la production pourrait être lancée dans seulement quatre petits mois. A voir le degré d’inimitié des boliviens envers les américains et la popularité de Morales « l’altermondialiste », nul doute que le soda casserait le Barack s’il venait à être commercialisé! Et si jamais le projet du coca colla ne fonctionne pas, le gouvernement bolivien peut toujours utiliser la coca à d’autres fins agro-alimentaires : farine, gâteaux, infusions ou encore liqueur.
Morales, donc, n’est pas prêt de lâcher le morceau. La coca, c’est tout le symbole de la politique moralesienne. Ancien cultivateur de cette « herbe sacrée » millénaire, Evo le socialo en a fait son cheval de bataille politique. La coca s’est vue élevée au rang de « patrimoine culturel » et de « facteur de cohésion sociale » dans la nouvelle Constitution bolivienne de 2009, comme le relate l’AFP via France 24. Un nouveau pas franchi vers l’indianisation « back to the roots » affichée par Morales, qui avait mastiqué une feuille de coca devant la Tribune des Nations Unies en mars 2009 pour militer en sa faveur. En 2010, le gouvernement espère faire passer l’étendue des cultures de 12 à 20 000 hectares. Seul hic : la coca est un produit déclaré « illégal » par l’ONU depuis 1961. De plus, la communauté internationale porte de lourds soupçons sur l’usage de cette coca. Selon le Figaro, 30 à 40% de ses récoltes seraient détournées pour produire de la cocaïne. Déjà, en 2008, la couronne du troisième producteur de cocaïne mondial ornait la tête de la République bolivienne et l’agence antidrogue américaine avait été priée de rejoindre les frontières du pays. Une chose est sûre : en Bolivie, la coca dérange. Bientôt, peut-être, les autorités américaines diront également que le cola gêne.
Matthieu Rostac
Crédit photo : Souklaye.wordpress.com et MSNBC











